Accueil International « Les bons gros bâtards de la littérature » : « Le but n’est pas de jeter les écrivains au bûcher », assurent les auteurs de la BD

« Les bons gros bâtards de la littérature » : « Le but n’est pas de jeter les écrivains au bûcher », assurent les auteurs de la BD

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Popésie et Aurélien Fernandez sortent la bande dessinée « Les Bons Gros Bâtards de la littérature » – Editions Lapin. — Editions Lapin.
  • Popésie – alias Guillaume Plassans – et Aurélien Fernandez ont écrit ensemble la bande dessinée Les Bons Gros Bâtards de la littérature, publiée le 26 juin aux éditions Lapin.
  • Saviez-vous que Marcel Proust torturait des rats ? Que Voltaire considérait que les Juifs étaient « le peuple le plus abominable de la terre » ? Leur livre fourmille d’anecdotes sur la face sombre des écrivains et écrivaines.
  • « Il y a de vrais gros bâtards, et puis des polissons », estime Popésie, alors que pour Aurélien Fernandez, « le plus gros bâtard, c’est Verlaine ».

La littérature compte dans son panthéon beaucoup de grandes femmes et de grands hommes, qui n’ont pas été que des saints et des saintes. Victor Hugo, Voltaire, Arthur Rimbaud, Verlaine, Colette, Georges Sand… « Des géants de l’art, des génies de la plume, des artistes incroyables… mais aussi parfois, des bons gros bâtards », clame d’entrée de jeu la (courte) préface de la bande dessinée Les Bons Gros Bâtards de la littérature (éditions Lapin) que 20 Minutes vous dévoile en exclusivité. Un livre qui fourmille d’anecdotes drôles et cruelles et d’histoires insoupçonnées sur ces gens de plume.

Saviez-vous par exemple que Marcel Proust torturait des rats ? Que pour Baudelaire, « aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste » ? Que Voltaire considérait que les Juifs étaient « le peuple le plus abominable de la terre » ? Que ce même Baudelaire avait plagié l’autrice Catherine Bernard, première femme jouée à la Comédie française ? Attention, il ne s’agit pas pour les deux auteurs du livre de « lancer l’anathème » sur des artistes qu’ils adorent, préviennent-ils, mais de « porter un regard nouveau, surpris ou amusé » sur leurs vies. 20 Minutes a interviewé Popésie – alias Guillaume Plassans – et Aurélien Fernandez, respectivement plume et crayon de ce livre.

Pourquoi vous êtes-vous intéressés à cet aspect-là des écrivains et écrivaines ?

Guillaume Plassans : J’ai depuis quelques années sur mon ordinateur un fichier qui s’appelle « Les bons gros bâtards », dans lequel je note les anecdotes que je croise, comme j’aime beaucoup lire leur bio, leur correspondance. Un jour j’ai parlé de ce fichier à Aurélien quand nous mangions un couscous, et on s’est dit que ce serait très drôle.

Aurélien Fernandez : J’avais déjà une activité en BD historique et le goût de remettre les pendules à l’heure. Quand Guillaume m’a parlé de cet angle, ça m’a plu tout de suite.

C’est qui votre bâtard ou votre bâtarde préférée ?

G.P. : Victor Hugo, mon auteur préféré ! C’est un auteur qui a énormément d’anecdotes, qui a vécu énormément de choses, souvent on en vient à dire que c’est un gros bâtard, mais en fait pas tant que ça, si on le compare à Verlaine ou Maupassant. Mon modèle dans le déboulonnage facétieux – il utilise d’ailleurs ce mot – c’est Ionesco, qui dans l’Hugoliade défonce Victor Hugo. J’aime montrer les parts d’ombre de figures que tout le monde connaît.

A.F. : J’ai beaucoup d’affection pour Jean-Baptiste Botul, un auteur inventé de toutes pièces dans le but de se moquer des gens qui en reprennent des citations. C’est ma découverte sympathique en travaillant sur le livre.

G.P. : Le mot « bâtard » est polysémique : il y a de vrais gros bâtards, et puis plus des polissons. Cela peut être autant une insulte qu’un mouvement d’admiration.

A.F. : C’était un voyage en soi de travailler sur ce livre. Voltaire je me disais « Ah oui, c’est une petite crapule » mais plus j’ai avancé dans le livre plus je me suis dit « C’est vraiment une grosse crapule ». Pareil pour Baudelaire. Mais le plus gros bâtard à mon humble avis c’est Verlaine [voir extrait en exclusivité plus bas] : il a jeté son bébé contre les murs, il était violent avec son épouse, son fils, son entourage… Au lycée j’adorais ses poèmes et apprendre à le connaître a été un très grand désamour…

Extrait de la bande-dessinée « Les Bons Gros Bâtards de la littérature » de Popésie et Aurélien Ferandez (éditions Lapin) — Editions Lapin.
Extrait de la bande-dessinée « Les Bons Gros Bâtards de la littérature » de Popésie et Aurélien Ferandez (éditions Lapin) — Editions Lapin. – Editions Lapin

 

Quel personnage de littérature détestez-vous le plus ?

G.P. : Les Thénardier, dans Les Misérables. C’est vraiment la crasse humaine, la lie de l’humanité. Hugo s’est inspiré d’un type qu’il n’aimait pas qui avait refusé de réduire les heures de travail des enfants. A la fin, ils deviennent esclavagistes.

A.F. : J’aime beaucoup Les liaisons dangereuses, et le personnage de Madame Merteuil. C’est une femme puissante qui abuse de sa position pour écraser les plus faibles mais aussi les égaux. C’est un personnage superbe qui tombe très bas, on en vient à la prendre en pitié. Une crapule splendide.

Est-ce qu’il y a quelque chose que vous ne connaissiez pas et qui vous a beaucoup étonné ?

A.F. : Romain Gary mêlé à Clint Eastwood dans une anecdote. Il était en couple avec Jean Seberg et Clint Eastwood l’a séduite, un clash Gary-Eastwood je trouvais ça marrant.

G.P. : Un peu tout ! Ce qui est toujours une source de surprise et d’étonnement, c’est de parcourir les correspondances des auteurs, comme celle des Goncourt : cela regorge de petites piques, et c’est là qu’on trouve les anecdotes qui échappent à l’histoire.

Il y a beaucoup d’écrivains qui ont eu des propos sexistes, racistes, antisémites, homophobes. Pensez-vous qu’il faille contextualiser leurs œuvres ?

A.F. : Je pense que cela peut se justifier de donner du contexte. Lovecraft est adulé par toute une partie de la pop culture qui ne sait pas d’où vient sa peur de l’indicible, d’un endroit de racisme, d’intolérance et peut-être d’une forme de communautarisme de sa part.

G.P. : Je fais une distinction entre l’œuvre et son auteur. Il est important de recontextualiser des œuvres qui pourraient être problématiques avec un appareil critique, des notes et une préface. Mais je ne pense pas qu’il faille le faire sur des œuvres qui ne sont pas problématiques mais dont l’auteur l’est. Notre titre c’est aussi une référence au Bon Gros Géant de Roald Dahl. Quand j’ai appris les propos antisémites qu’il a tenus, que des pièces avaient été frappées d’interdiction, cela n’a pas sali ses œuvres à mes yeux. Si Roald Dahl écrit un livre antisémite il faut le dire, quand il écrit Mathilda ce n’est pas nécessaire. Voyage au bout de la nuit [de Louis-Ferdinand Céline] quand il est sorti, a été applaudi par les communistes qui y voyaient une critique de la colonisation et du fordisme. Un livre c’est une œuvre ouverte qui appartient au public.

A.F. : Le but du livre n’était pas de jeter des auteurs au bûcher. Chacun a le droit de prendre ces infos et de les digérer comme il veut.

G.P. : On ne fait pas un livre à thèse, cela reste facétieux. Il ne faut pas être absolu. Et il y en a beaucoup pour lesquels j’ai de la peine…

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