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Eric Ndour : « Le Sénégal doit se doter d’un nouveau plan d’urgence…»

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Messieurs les ministres de l’Economie, des Finances et du Budget,

Le PSE a été une douce illusion arrosée avec du sable.

Un premier diagnostic du plan LIGGUEY NGUIR EULEUK du président Macky SALL traduit un manque d’ambition teinté de résultats non probants. Ce dernier plan a déjà fragilisé notre économie et doit être rangé aux oubliettes, surtout dans ce contexte de crise sanitaire.

A ce jour, tous les indicateurs généraux sont  au rouge. Les signes d’une grave tension de trésorerie sont perceptibles, et les risques d’une dépression économique sont visibles.

L’examen de la structure actuelle de notre économie expose un PIB tiré par un secteur tertiaire détenu par des firmes étrangères à hauteur de 61%contre 22% pour le secteur secondaire. Seulement 17% est à l’actif du secteur primaire qui emploie près de 70% de la population active.

Et comme le disait Winston Churchill, mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge.

Il est impératif aujourd’hui d’établir l’ordre des priorités dans le choix des actions gouvernementales en veillant à ne pas compromettre la mobilisation à terme des ressources directes et indirectes disponibles.Le plan de relance de notre économie requiert des objectifs à atteindre en s’appuyant sur des leviers importants.

La banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest a déjà annoncé la couleur en réduisant les taux directeurs afin de booster les emprunts. L’autre levier de relance de notre économie est certainement le Budget. L’Etat doit fixer un objectif de collecte de recettes internes équivalant à 30% de PIB.

Messieurs les ministres de l’Economie, des Finances et du Budget,

La nouvelle stratégie budgétaire devra être axée sur les points ci-après :

– des réformes fiscales soutenues par des interventions dans le domaine des technologies de l’information en vue de renforcer la responsabilité et la transparence fiscale et d’améliorer les services aux citoyens et au secteur privé. Les objectifs principaux seront, dans un premier temps, axés sur l’amélioration de la discipline budgétaire et le cadre réglementaire fiscal propice aux affaires, et dans un second temps sur la gestion globale des finances publiques en améliorant la planification budgétaire, la conformité fiscale, le contrôle des dépenses.

– Une bonne stratégie visant à accroitre la conformité fiscale qui permettra de réduire l’évasion fiscale, tout en améliorant les services aux citoyens et la collecte des recettes publiques tout en nivelant le terrain de jeu pour les entreprises qui s’y conformeront.

– Le renforcement des systèmes de trésorerie du secteur de la santé avec un process d’analyse, de conceptualisation, de conception et de déploiement pour une meilleure gestion des fonds publics, comme premier enseignement à tirer de la COVID-19.

– L’amélioration de la qualité de la budgétisation et des dépenses publiques avec la priorisation stratégique et l’évaluation des résultats fondée sur la performance pour une meilleure qualité des dépenses publiques.

– Le renforcement de l’environnement des affaires. Cela aidera les différents niveaux de gouvernement local à compenser toute perte de revenus en identifiant des sources de revenus plus productives et plus favorables aux investisseurs.

– La nécessité de renforcer la gestion de la dette publique en mettant en œuvre des modifications législatives et procédurales.

Messieurs les ministres de l’Economie, des Finances et du Budget,

Pour atteindre le bien-être des sénégalais, accorder 40% du budget au secteur primaire devient une absolue nécessité.

Le moteur de notre développement économique devra être axé sur le secteur primaire, avec une exploitation soutenue et continue des 6 zones agricoles, à savoir : la vallée du fleuve Sénégal, les Niayes, le bassin arachidier, la basse et moyenne Casamance, le Sénégal oriental et la zone silvo-pastorale du Ferlo.

Le Sénégal dispose de 4 millions d’hectares, soit 19% de la superficie totale . Malheureusement, la mise en valeur ne porte que sur moins de 60% de terres cultivables.

Une place prépondérante devra être donnée à l’agriculture, avec une excellente formation et une meilleure mobilisation du capital humain. Elle permettra d’assurer « une circulation du revenu net à travers les groupes sociaux et animera toute la vie économique »,comme semblent bien le soutenir ici les physiocrates, « seule la terre restitue aux hommes une matière plus abondante qu’elle n’en reçoit d’eux »

Le dynamisme du secteur agricole aura probablement un effet d’entrainement sur les autres secteurs, comme les activités portant sur la transformation des produits agroindustriels, le commerce, le transport.

Le président Idrissa SECK disait que l’agriculture est le moteur de notre développement économique et social et qu’il serait opportun de changer de paradigme pour mettre le monde rural au centre de toutes les politiques publiques.

 Je vous demande de vous inspirer de ses très fortes et pertinentes propositions que je partage avec vous dans les lignes qui suivent.

Il prônait d’aménager et d’équiper 120.000 petites fermes qui :

– pratiqueront une agriculture écologiquement durable, économiquement rentable et socialement soutenable;

– produiront 1200 milliards de FCFA de biens chaque année ;

– créeront 500.000 emplois permanents et 500.000 emplois indirects ;

assureront un rééquipement et rééquilibrage du territoire national ;

– assureront notre autosuffisance en ovins pour la Tabaski;

– permettront de retrouver notre position d’exportateurs de légumes et de viande en direction des pays de la sous- région.

La promotion du consommer local devient un impératif.

Il nous faut élaborer les stratégies du changement d’échelle de la consommation de produits locaux au Sénégal avec un accompagnement protectionniste fragmenté et graduel.

Messieurs les ministres de l’Economie, des Finances et du Budget

Vous avez mis en place, en partenariat avec le secteur bancaire, un mécanisme de financement des entreprises affectées par la crise avec une enveloppe de 200 milliards de FCFA. La constitution de ce fonds de garantie doit obligatoirement permettre de lever 1.000 milliards au niveau des institutions financières qui comprennent les enjeux du moment et qui ne sont pas dans une perpétuelle maximation du profit. Il est important de redéfinir le schéma global et permettre aux PME et TPE de bénéficier au moins de 500 milliards qui serviront à financer leur besoin en fonds de roulement ainsi que leur cycle d’investissement.

Face au monde qui bouge, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement, disait Francis Blanche.

Eric NDOUR

Secrétaire National Adjoint à la Jeunesse de REWMI
Xibaaru

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