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Congés imposés, salaires amputés: quels efforts demandés aux salariés?

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Jours de repos imposés pendant le confinement, vacances réduites cet été, télétravail dégradé ou encore salaire amputé par le chômage partiel: les entreprises réclament de nombreux efforts à leurs salariés en pleine pandémie de coronavirus.

  • Repos obligatoire –

L’une des ordonnances de mesures d’urgence face à la crise sanitaire permet à l’employeur d’imposer à son salarié la prise de 10 jours de repos (jours conventionnels, de RTT ou compte épargne-temps). Avec un accord d’entreprise ou de branche, la prise de six jours de congés payés peut aussi être imposée.

Chez le fabricant de trains Alstom, les salariés ont, sauf exceptions, dû poser avant fin avril “11 jours de repos”, dont “cinq jours de congés payés”, indique à l’AFP Boris Amoroz, délégué CGT. Mais ces jours imposés pendant le confinement “n’étaient pas du tout des vacances”, critique FO, et “pas forcément aux dates intéressant les salariés”.

A la Société Générale, syndicats et direction ont signé un accord sur dix jours (congés payés et RTT) à poser entre mi-mars et fin mai. Chez BNP Paribas, la direction a décidé unilatéralement la prise de dix jours avant fin mai, une “décision brutale” qui a “suscité l’émoi” chez certains salariés, confie une source syndicale.

Parfois, la prise de jours n’est pas imposée mais fortement recommandée. “On nous a demandé de prendre des congés si on voulait, en nous faisant comprendre que ce serait bien”, et “ça en arrangeait certains”, témoigne Guillaume, vendeur de machines-outils dans une PME et partisan d'”un effort commun dans la crise”.

  • Chômage technique –

L’arrêt des usines, la fermeture des commerces ou la baisse d’activité a conduit des millions de personnes au chômage partiel, 12,4 millions de salariés du privé actuellement.

Selon les dispositions en vigueur, les salariés au Smic en chômage partiel touchent 100% de leur salaire net, un taux qui descend toutefois à 84% pour les autres salariés (dans la limite de 4,5 Smic).

Mais certaines entreprises, comme Renault, PSA ou Safran, compensent la perte de salaire en puisant dans leur caisse ou en créant des fonds de solidarité financés en partie par des dons de jours de congés de leur personnel.

L’individualisation du chômage partiel, c’est-à-dire la possibilité de répartir différemment les heures travaillées entre salariés d’un même service, avec une “incidence sur la paye”, manque de transparence, dénonce Jérôme Beaurain, du syndicat SUD-Aérien Air France.

  • Grandes vacances –

Pouvoir réduire ou déplacer les congés d’été afin d’adapter les effectifs aux besoins de la production, c’est une souplesse que se réservent des entreprises.

Chez PSA, un accord diminue de trois à deux semaines consécutives la durée minimale des congés estivaux. C’est “une remise en cause brutale de nos congés d’été”, proteste Jean-Pierre Mercier, délégué CGT.

Mais “dans une situation exceptionnelle, il faut trouver des solutions”, note Alain Mauriès, coprésident de l’Agora des directeurs des ressources humaines.

  • Horaires décalés –

Pour limiter les risques de contamination dans les transports collectifs et leurs locaux, les entreprises décalent les heures de travail de leur personnel.

Rouvert le 11 mai, le grand magasin parisien Le Bon Marché a “ajusté” ses horaires. Aïcha, l’une des vendeuses, débute sa journée en moyenne une heure plus tard que d’habitude. Et “pour qu’on ne se retrouve pas tous en même temps aux vestiaires, nos horaires ont été décalés”, avec “des écarts de dix minutes”, détaille-t-elle sous son masque.

Sur ses sites de La Défense (Hauts-de-Seine) et du Val-de-Fontenay (Val-de-Marne), la Société Générale a installé rotations d’équipes et horaires décalés “pour tenir compte des contraintes d’occupation maximum dans les immeubles et contribuer à fluidifier les transports en commun”, selon la direction.

  • Télétravail dégradé –

Poursuivi massivement depuis la mi-mars, le télétravail s’est imposé dans l’urgence à quelque cinq millions de salariés, dont certains ne l’avaient jamais pratiqué.

Selon l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), la moitié de ces télétravailleurs se sentent plus fatigués que d’ordinaire. Près d’un sur deux estime travailler plus.

Non choisi, pratiqué tous les jours, parfois improvisé ou exercé tout en gardant ses enfants à la maison, ce “télétravail n’est pas le nec plus ultra des conditions de travail”, souligne Olivier Laviolette, dirigeant du cabinet Syndex qui conseille les représentants des salariés. “Il y a des risques d’isolement, d’absence de déconnexion, de surcharge mentale.”
FranceSoir

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