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Christophe Castaner, équilibriste sur le fil des violences policières

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Christophe Castaner, le 31 mars dernier, à l’Assemblée nationale — YOAN VALAT / POOL / AFP
  • Le ministre de l’Intérieur est auditionné, ce jeudi, par la mission d’information de l’Assemblée nationale sur les méthodes d’intervention des forces de l’ordre.
  • Christophe Castaner avait annoncé, le 8 juin dernier, l’abandon de la clé d’étranglement, une technique d’interpellation controversée qui ne sera plus enseignée dans les écoles.
  • Les syndicats reprochent au ministre cette décision, qu’ils estiment prise sous la pression des manifestants dénonçant les violences policières. 

Depuis plusieurs semaines, Christophe Castaner se livre à un numéro d’équilibriste risqué. D’un côté, des collectifs et des associations qui se mobilisent dans la rue pour dénoncer des violences policières. De l’autre, des syndicats de police qui attendent du ministre de l’Intérieur soutien et protection. « Il est pris dans un étau », analyse Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Cesdip, unité de recherche du CNRS consacrée aux questions de sécurité.

La situation devient compliquée à gérer pour le premier flic de France qui est auditionné, ce jeudi, par la mission d’information de l’Assemblée nationale sur les méthodes d’intervention des forces de l’ordre. « L’affaire Georges Floyd, aux Etats-Unis, a déteint sur une partie de l’opinion publique française et il a été obligé de faire des concessions [aux collectifs dénonçant les violences policières]. Or, il avait toujours eu un discours apaisant, voire complaisant, envers les policiers qui, globalement, le soutenaient », poursuit ce spécialiste des questions de sécurité.

Ses déclarations seront écoutées avec attention par ses troupes dont une partie lui reproche toujours son discours du 8 juin dernier sur la lutte contre le racisme dans la police et les techniques d’intervention. « Les collègues ont été blessés », souligne Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP police-FO. « Son discours a donné le sentiment que les policiers utilisent certaines techniques pour des raisons racistes. Il nous a jetés en pâture alors que tous les jours, nous prenons des risques. Il a mis le doute aux concitoyens sur la probité des policiers. Même s’il a tenté de faire machine arrière, le doute s’est installé », poursuit-elle.

« Moins de LBD, plus de navets »

Les policiers reprochent notamment à Christophe Castaner d’avoir annoncé l’abandon de la clé d’« étranglement », une technique d’interpellation controversée qui ne sera plus enseignée dans les écoles de police. Linda Kebbab regrette que le ministre de l’Intérieur ait « cédé aux 20.000 personnes qui ont manifesté à Paris » à l’appel des proches d’Adama Traoré. « Les agents ont l’impression qu’il a fait des concessions à une partie de l’opinion publique qui critique la police, voire la déteste », alors qu’ils ont été très sollicités ces dernières années, observe Mathieu Zagrodzki.

Mardi, encore, des militants du mouvement écologiste Extinction Rebellion ont mené une action coup de poing « contre les violences policières » devant le ministère de l’Intérieur. Ils se sont enchaînés aux grilles de l’hôtel de Beauvau après avoir déroulé une banderole rouge sur laquelle était écrit : « Moins de LBD, plus de navets ». D’autres ont déversé du faux sang sur le parvis situé devant le ministère.

Le même jour, la famille du livreur Cédric Chouviat a interpellé directement le chef de l’Etat sur les techniques d’interpellation, tandis que plusieurs collectifs de proches de victimes présumées de violences policières ont écrit à Emmanuel Macron pour lui demander l’interdiction « de trois techniques d’immobilisation qui étouffent et tuent » et la création d’un « organe indépendant » qui remplacerait l’ IGPN – la police des polices – pour enquêter sur les plaintes pour violences commises par les forces de l’ordre. Une campagne baptisée « 1 million de voix contre les violences racistes et policières » a été lancée sur le site Change.org qui cumule 16 pétitions et plus d’un million de signatures.

Un ministre discrédité

En face, les policiers se mobilisent aussi presque tous les jours, sur tout le territoire. Dans la nuit de mercredi à jeudi, des centaines d’agents se sont réunies devant la Préfecture de police, à Paris, et ont jeté leurs menottes en signe de protestation. La nuit précédente, les policiers s’étaient rassemblés place Vendôme, face au ministère de la Justice. Un rassemblement a aussi eu lieu il y a quelques jours pour protester contre une fresque contre les violences policières à Stains.

« Ça va continuer car le malaise est profond », prévient Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat Alliance. « On a l’impression qu’on met tout le monde dans le même sac. Il y a des dizaines d’interventions par jour, mais on  se focalise sur quelques-unes sans attendre que les enquêtes soient terminées ». Les policiers, dit-il, « en ont ras le bol d’être soupçonnés de tout et de rien, d’être stigmatisés, d’être présentés comme des racistes ou des fachos ».

Les syndicats de policiers réclament le soutien du ministre. Mais ils ont également compris qu’ils pouvaient profiter de la situation pour faire avancer des revendications catégorielles et matérielles. Fabien Vanhemelryck souhaite l’adoption d’un « plan Marshall » qui permettrait à la police de se moderniser, de « redorer l’image de l’institution » et de « redonner confiance aux agents ». « Le gouvernement doit envoyer un signal fort à la police », affirme-t-il.

Les organisations syndicales ont bien vu qu’une « brèche s’était ouverte » et tentent de s’y engouffrer, note Mathieu Zagrodzki. Quitte à mettre désormais la pression sur le président de la République. « Ils discréditent le ministre en voulant s’adresser directement au chef de l’Etat. Ce n’est plus un interlocuteur fort pour eux », estime le chercheur.

« La confiance avec le ministre est rompue »

« Aujourd’hui, la confiance avec le ministre est rompue », confirme Linda Kebbab. Si aucun syndicat ne réclame – du moins ouvertement – son départ, la question du maintien de Christophe Castaner place Beauvau semble bel et bien posée, d’autant qu’un remaniement ministériel devrait avoir lieu bientôt.

L’intéressé a pris les devants en affirmant, dans une interview accordée récemment au Parisien, qu’il souhaitait « rester ministre de l’Intérieur ». Avant de reconnaître que cette décision « ne lui appartenait pas ». Au moindre faux pas, il le sait, il risque la chute.

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